Les fiches techniques de SSD sont construites autour d'un seul chiffre : le débit séquentiel maximal. C'est le plus flatteur, et c'est aussi celui qui correspond le moins à ce que fait un ordinateur la plupart du temps. Démarrer un système, ouvrir une application, charger un niveau : ce sont des milliers de petites lectures dispersées, pas un gros fichier lu d'un bloc.

Le séquentiel, l'aléatoire, et ce que vous faites vraiment

Copier un fichier vidéo de 40 Go, c'est du séquentiel. Lancer un jeu, c'est de l'aléatoire en petits blocs, où les écarts entre générations sont bien plus faibles. Entre un bon PCIe 3.0 et un PCIe 5.0 haut de gamme, le débit séquentiel est multiplié par quatre ou cinq ; les temps de chargement réels, eux, se tiennent souvent en une poignée de secondes d'écart, quand l'écart est mesurable.

Le cache SLC, ou pourquoi le débit s'effondre en cours de copie

C'est le comportement le plus mal documenté. Pour tenir les débits annoncés, les SSD grand public écrivent d'abord dans une zone de mémoire configurée en mode rapide, appelée cache SLC. Tant que la copie tient dans ce cache, tout va bien. Une fois le cache saturé, l'écriture bascule sur la mémoire native et le débit chute — modérément sur une bonne puce TLC, brutalement sur de la QLC, où l'on descend parfois sous les 150 Mo/s.

Le cache étant dynamique sur la plupart des modèles, sa taille dépend de l'espace libre. Un disque rempli à 90 % dispose d'un cache réduit, et s'effondre donc beaucoup plus tôt. C'est la vraie raison derrière le conseil de laisser de l'espace libre, bien plus que le vieil argument de l'usure.

DRAM, HMB et endurance

Un SSD a besoin d'une table de correspondance pour savoir où se trouvent réellement les données. Les modèles avec puce DRAM dédiée la gardent sous la main ; les modèles sans DRAM empruntent un peu de mémoire système via le mécanisme HMB. Sur des usages légers, la différence se voit peu. Sur une charge soutenue avec un disque bien rempli, l'écart devient net.

Pour un disque système, la présence d'une DRAM dédiée est un meilleur indicateur de confort d'usage que 2 000 Mo/s de plus en séquentiel.

Quant à l'endurance annoncée en TBW, elle n'est un critère que pour des usages d'écriture intensive. Un joueur qui installe et désinstalle régulièrement n'écrit que quelques dizaines de téraoctets sur la durée de vie de sa machine, très loin des limites garanties.

La chaleur, le point aveugle du PCIe 5.0

Les contrôleurs les plus rapides chauffent, et un SSD trop chaud réduit ses performances pour se protéger. Sur les modèles récents, un dissipateur n'est plus une option esthétique. Attention aussi à l'emplacement : le port M.2 situé sous la carte graphique reçoit son air chaud et ventile mal.

Comment choisir, concrètement

  • Pour le disque système : de la TLC, une DRAM dédiée, une capacité d'au moins 1 To.
  • Pour du stockage de jeux : un bon PCIe 4.0 suffit très largement, le surcoût du 5.0 ne se voit pas en jeu.
  • Gardez 10 à 20 % d'espace libre pour préserver le cache d'écriture.
  • Vérifiez que le port M.2 choisi est bien câblé sur les lignes du processeur, pas sur le chipset, pour le disque principal.
  • Méfiez-vous des références sans marque de mémoire précisée : les composants changent parfois en cours de commercialisation.